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Ouest-France du 17 août 2005
Inceste :
Dépasser la honte

L'association va ouvrir une antenne morbihannaise
 


A partir du 1er septembre, l'association RIA, Rescapés inceste anonymes, comptera une antenne dans le Morbihan. Un groupe de parole pour les victimes d'incestes et d'agressions sexuelles.

 

« J'avais des comportements bizarres. Quand je recevais un cadeau, je faisais des colères monumentales. C'est plus tard que j'ai compris pourquoi : c'est comme cela que mon père approchait les enfants. Par les cadeaux. » Tiamat habite Bignan, depuis une dizaine d'années maintenant. Elle accepte de témoigner sous sa vraie identité d'un sujet « tabou » : l'inceste. Autour de la table, Catherine aussi raconte son histoire. Elle habite Lamballe. Isabelle, elle, vit à Ploërmel. « J'avais 5 ans quand c'est arrivé. Mais je ne l'ai compris qu'il y a quatre ans, au sortir d'une maladie. J'avais 36 ans. » Trente années d'amnésie.

Faire passer la prescription de 20 à 30 ans
L'année dernière, Isabelle lit dans nos colonnes un article sur l'association que Catherine a montée dans les Côtes-d'Armor, « Rescapés inceste anonymes ». « J'ai attendu un an avant de faire la démarche. » Aujourd'hui, avec Tiamat, elle a décidé de monter dans le Morbihan une antenne de RIA.

Donner la parole aux victimes, les aider à sortir d'un silence qui dure parfois des décennies : c'est le seul objectif de l'association. « Il y a, en France, un manque total d'écoute sur le sujet, déplore Catherine. Les victimes s'enferment dans le silence des années, souvent jusqu'à la prescription pénale. J'ai été abusée de 13 à 16 ans. J'ai fait par la suite plusieurs tentatives de suicide. J'ai suivi une thérapie pendant 10 ans, où l'on me disait : il faut oublier, aller de l'avant. Mais je n'ai été mieux que lorsque j'ai pu porter plainte, malgré la prescription. Alors, l'association que je n'ai pas trouvée pour parler de ce que j'avais vécu, c'était à moi de la monter. »

Catherine va même mener un second combat : augmenter le temps avant cette fameuse prescription. Jusqu'à récemment, les victimes d'incestes avaient jusqu'à leur 28 ans pour déposer plainte, soit dix ans après leur majorité. Aujourd'hui, grâce notamment à la détermination de la Costarmoricaine, la prescription est de 20 ans après la majorité. C'est mieux. C'est trop peu pour Tiamat ou pour Isabelle. Du moins au pénal. « Au civil, précise Catherine, la prescription est de 30 ans. » C'est cette voie qu'elle a choisie. De façon détournée. « J'ai obligé mon bourreau à porter plainte, en le diffamant volontairement. Il y a eu une enquête, puis un non lieu, à cause de la prescription. Mais cela m'a servi au civil. »


Isabelle n'ira pas jusque-là. « Je n'ai pas la colère. Mon combat, ce sera l'association. Faire que l'on sorte de la prescription morale qu'on s'est imposée. Et que l'on dépasse le phénomène de honte. » Des paroles qui touchent profondément le seul homme autour de la table. Dan vit à Pau mais a des attaches en Bretagne. Il songe même à emménager dans la région. Lui aussi a été victime d'inceste. Lui aussi commence à en parler. Et à écrire son histoire. Il avait même trouvé un titre : La mort dans l'âme. Depuis qu'il a découvert R.I.A., via le forum internet de l'association, son regard a changé. « Mon titre, ce sera La vie dans l'âme... »

Nicolas SOURISCE