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Le Penthièvre - 22 juin 2006
Inceste : une Lamballaise brise le tabou

Catherine, une Lamballaise de 43 ans a créé l’association des Rescapés de l’Inceste Anonymes (RIA). Elle anime des groupes de paroles à Saint-Brieuc. Violée de 13 ans à 16 ans, elle ose aujourd’hui parler.
« Le silence est mortel. » Catherine a 43 ans. Une jeunesse volée. Un enfer. Une vie en partie gâchée. « Soit je parlais, soit je crevais ». Aujourd’hui, elle ose. Elle parle. Elle évoque ce mal qui la ronge. L’inceste. Elle brise « ce silence qui ne profite qu’aux agresseurs. » Une réalité qui ne doit pas rester un tabou. Elle voulait mourir « pour oublier. » Son psychiatre n’avait que des médicaments à lui proposer. « Des béquilles pour aveugle. » Un jour, elle s’est lancée. Elle avait 36 ans. « Je suis allée clouter une pancarte sur la porte de cet homme où était inscrit ce qu’il avait fait », raconte-t-elle. Elle espérait qu’il porte plainte pour diffamation. Il le fera. L’affaire éclate alors au grand jour. Catherine a « tout balancé » aux gendarmes. Des interrogatoires dans le moindre détail, des tests de crédibilité…

Les faits étaient prescrits
Cet homme « beau gosse, qui avait réussi socialement », l’a violée pendant trois ans. De 13 ans à 16 ans.
À l’époque, cet homme était le mari de sa sœur. Tous les mercredis, Catherine allait garder ses enfants. Devant les gendarmes, il va avouer « calmement, ces choses horribles ». Enfin !
« Les faits étaient prescrits », poursuit Catherine. Il a été relâché. « Il était libre. J’étais emprisonnée dans mes souffrances », explique la mère de famille. La descente aux enfers. Des envies suicidaires. Une nouvelle fois.
À 10 jours de Noël, Catherine se retrouve hospitalisée à la demande d’un tiers. « Dans une petite pièce. Pire qu’un taulard ». La mort la hante. Puis elle va trouver la force de poursuivre le combat et attaquer son bourreau « au civil. » En décembre 2001, l’homme sera reconnu coupable. « Je suis alors sortie du rôle de victime », insiste Catherine. Le criminel devra verser 200 000 €. Des dommages et intérêts pour sa victime et le remboursement de la Sécurité sociale (les hospitalisations après ses tentatives de suicide, ses nombreux traitements, ses arrêts maladie…). L’homme ne fera pas appel de la décision, mais n’assumera pas pour autant. Peu de temps après, il se suicide. Ce sont ses enfants qui vont prendre le relais du combat judiciaire. Catherine est endettée. Incapable de reprendre le travail, elle doit emprunter pour se payer les services d’un avocat. Les enfants de son bourreau ont fait appel. Après huit ans de procédure, elle a obtenu gain de cause, mercredi dernier. La cour d’appel a été encore plus sévère. « Préjudices sexuels, psychologiques, physiques… ». « Aucune somme ne serait à la hauteur pour réparer 25 années de souffrances », répète cependant Catherine.

Un ouragan qui détruit tout
Aujourd’hui, elle se bat pour les autres victimes. Elle est présidente de l’association des Rescapés de l’Inceste Anonymes (RIA). « L’inceste, c’est comme le cancer.
Ça vous ronge insidieusement de l’intérieur, et un jour, ça explose. » « J’étais convaincue que j’étais folle, car je n’arrivais pas à oublier », se souvient Catherine. Son parcours, ces suites, elle les explique et tente de les éviter aux autres. Des conséquences dramatiques nées souvent du déni. Nées de l’impossibilité qu’ont les victimes de mettre des mots sur ce qu’ils ont enduré. Dépression, anorexie, boulimie, angoisse, phobie sociale, trouble de la sexualité, auto-mutilations, suicide… Nées de la peur de briser une famille. « L’inceste, c’est un ouragan qui détruit tout sur son passage. Lorsque les victimes parlent, elles sont parfois rejetées par leur famille. Elles se retrouvent encore plus isolées. C’est dur d’en parler. Mais c’est vital », insiste la mère de famille. « Face à l’incompréhension de la société », l’association a été créée en 2003. « Je me suis dit que cette structure que j’avais cherchée désespérément quand j’allais mal, c’était à moi de la monter. » Avec quatre autres victimes du Pays de Saint-Brieuc, la première association de ce type – soutenue par la CPAM et le Conseil général – a vu le jour en Bretagne Nord.

Trois affaires aux assises, lundi
Ici, les victimes prisonnières du silence, sont écoutées. Les victimes trouvent les bons mots pour les autres victimes. « L’essentiel est d’être reconnue en tant que victime à travers les aveux de l’agresseur. Or la plupart des personnes de l’association sont sur le coup de la prescription », explique la présidente qui évoque son autre lutte : la mobilisation pour l’annulation ou au moins le rallongement des délais de prescription (le délai au-delà duquel il n’est plus possible de porter l’action en justice). Pour les crimes sexuels, les plus graves au sens de la loi, tels que les viols, ce délai est actuellement de 10 ans après la majorité de la victime, 20 ans lorsque le crime est commis par un ascendant ou un proche. « Est-ce à dire que la société et l’institution considèrent que le temps a effacé, voire réparé le préjudice ? », s’interroge Catherine. Selon les chiffres de l’Observatoire d’action sociale décentralisée (Odas), les signalements pour abus sexuels sur les enfants tourneraient autour de 5 500 par an, en moyenne, sur les cinq dernières années en France. « Dans plus de 70 % des cas, la victime connaissait son agresseur », souligne l’association briochine RIA.

A partir de lundi, la cour d’assises briochine jugera trois affaires de viols sur mineur de 15 ans. Trois hommes originaires du Pays de Saint-Brieuc et de Loudéac comparaîtront tour à tour devant les jurés. Des audiences qui devraient se tenir à huis clos.

Briac TRÉBERT

 

 

Des groupes de paroles mixtes et réservés aux victimes d’inceste et d’abus sexuels se réunissent le
1er et le 3e mercredi de chaque mois, à 20h30 au Centre social du Plateau (quartier Ginglin) à Saint-Brieuc. Chaque semaine, un thème différent est abordé (aspect psychologique, social, juridique…).
Contact : 06 98 20 35 15
En cas d’urgence : viol femmes information (0800 05 95 95)