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Le petit Bleu des Côtes d'Armor du 2 décembre 2004
Inceste : Christiana brise la loi du silence

L'association «Rescapés Inceste Anonymes» (RIA) réunit des victimes d'abus sexuels. Une antenne dinannaise vient d'être créée en place au sein de l'Espace Femmes. Christiana, victime de ce fléau, en assure la permanence hebdomadaire. Témoignage.

Sa voix est douce. Ses mots posés et réfléchis. Christiana, la quarantaine, exorcise calmement l'enfer d'une jeunesse volée. D'une vie en partie gâchée. D'un mal qui, comme le cancer, ronge insidieusement ses victimes de l'intérieur. Christiana évoque l'inceste parce que le silence est parfois mortel et ne profite qu'aux agresseurs. Parce que l'inceste est une réalité qui ne doit pas rester tabou. Parce que les conséquences sont souvent dramatiques : dépression, anorexie, boulimie, angoisse, phobie sociale, troubles de la sexualité, auto-mutilations, suicide...
Les victimes passent par des phases difficiles avant de se libérer. « C'est dur d'en parler mais c'est souvent vital. L'antenne RIA à Dinan aura pour but d'aider les victimes de la région à ne plus traîner ce qu'elles ont vécu comme un boulet ».

«Je n'étais plus un sujet mais un objet»
Christiana parle en connaissance de cause. Après avoir perdu ses parents, sa soeur aînée la recueille à l'âge de 4 ans. Son nouveau foyer sera le théâtre de ses souffrances. Son beau-frère endossera le rôle de bourreau. Il violera, maltraitera et abusera la petite Christiana, dès ses 8 ans. « Je n'étais plus un sujet mais un objet. Je vivais dans un monde à part. Toutes les normes familiales avec lesquelles j'étais censée grandir étaient fausses ». Elle endurera ces sévices pendant cinq ans. « Jusqu'au jour où on m'a envoyée en cure car j'étais trop nerveuse. Je ne voulais pas rentrer chez moi alors j'ai raconté mon histoire. J'ai eu la chance de rencontrer un adulte qui m'a prise au sérieux ». Une action en justice est enclenchée. Christiana est placée à la Ddass. Avant de subir interrogatoires, tests de crédibilité et examens gynécologiques pendant un an. Le mari de sa soeur sera finalement reconnu coupable. Condamné à deux ans de prison, il sera libéré au bout d'un an.
L'adolescente, elle, est occupée « à survivre ». La procédure a déclenché un séisme familial. « On m'a reproché d'avoir envoyé en prison un père de famille qui m'avait recueillie ». Victime pour la justice, elle est coupable aux yeux de ses proches. Aujourd'hui encore, elle cherche à comprendre la passivité de sa soeur. « C'est impossible qu'elle n'ait jamais rien vu, qu'elle n'était au courant de rien. Pour des raisons qui m'échappent, elle n'est jamais intervenue ». Sa propre fille fut pourtant, elle aussi, victime du même bourreau. « Ma soeur est intervenue pour que sa fille ne porte pas plainte contre son père », se désole encore Christiana. « Certaines victimes ne se rendent pas compte que l'inceste est quelque chose de malsain quand il est amené avec douceur, sans brutalité ».


Ouvrir la boîte à monstres
Après le procès de son beau-frère, Christiana a passé une bonne quinzaine d'années « à se demander le comment du pourquoi ». Elle n'avait plus goût à la vie. Elle était hantée par des idées suicidaires. « L'année de mes 30 ans, je l'ai passée dans un grenier, dans un état d'angoisse permanent. Je n'allais même plus faire mes courses ».
Elle entame alors une psychothérapie qui s'éternisera pendant sept ans. « Il arrive un jour où il faut avoir le courage d'ouvrir la boîte à monstres pour regarder ce qu'il y a dedans ». Ce suivi psychologique l'aidera à remonter définitivement la pente. « Même si le chemin est parfois long pour tomber sur la bonne personne qui vous aidera. Ce travail psychologique m'a fait du bien. Mais on ne peut pas complètement guérir de l'inceste. On en garde des séquelles ».
Elle, qui se voyait mourir avant ses 25 ans, est aujourd'hui toujours debout. Mariée à un homme à qui elle doit « plusieurs chandelles », elle n'a en revanche, jamais fondé de famille. « J'ai fait ce choix car je n'étais pas en état de le faire à l'époque. Beaucoup de victimes s'interrogent. Elles ne savent pas quoi transmettre à leurs enfants ». Christiana n'a pas perdu espoir pour autant. « J'irai peut-être chercher des enfants dans un foyer ». Un sourire illumine son visage. « Contrairement à ce que disent certains spécialistes, nous ne sommes pas des épaves ». Christiana n'est pas détruite à vie. Et entend bien aider d'autres victimes à vivre avec ce qu'elles ont vécu.

Samuel SAUNEUF